Passer de l'agriculture traditionnelle au vin, ce fut une petite révolution

Changer un jour leur lait en vin, c'est le pari réussi de la famille Baele à Bovesse, pour sortir du secteur de l'agriculture traditionnelle wallonne.

Un hectare de vigne plutôt qu'une seconde session

Pour les parents de Jean-François, passer de l'agriculture traditionnelle au vin, ce fut une petite révolution. Abordée avec le sourire.
 
Comme toutes les mamans, Bernadette Baele se souvient très bien des moments-clés qui ont marqué la vie de son enfant. « Jean-François revient un soir des études. Il dit qu'il veut se lancer dans le vin. Pour avoir un peu la paix, je lui dis qu'on planterait un hectare de vignes s'il n'avait pas de seconde session. Il avait toujours eu des examens de repassage. » Sauf cette année-là...
 
Les premières centaines de pieds de solaris étaient plantés. Mais la passion vinicole du fiston a rapidement contaminé les parents. « Pendant trente ans, j'ai cultivé du maïs. Jamais quelqu'un ne s'est arrêté pour dire que mes plants étaient beaux », sourit Hubert, le papa. « Depuis qu'on a des vignes, il se passe rarement un jour sans qu'une personne ne m'interpelle pour parler de la vigne, dire que l'endroit est joli... »
 
Fermiers dans le sang et dans les tripes, les parents Baele auraient difficilement imaginé changer un jour leur lait en vin. « Encore aujourd'hui, on nous regarde un peu bizarrement », reconnaît Bernadette. « Certains attendent qu'on se casse la figure. C'est vrai, il y a encore des périodes de doute. Cela reste une grande aventure. Mais je constate aussi que ceux qui sont restés dans le traditionnel, qui ont investi des sommes importantes pour rester aux normes, sont aujourd'hui dans des situations très difficiles. » Hubert, le papa, ne ménage pas sa peine.
 
Toute la famille à la cuverie
 
Quand son fils et sa belle-fille sont au boulot, chez GSK, c'est lui qui passe et repasse dans les vignes. Inlassablement. Avec un petit sourire. « Les oiseaux, c'est rare quand je les entendais avant », lâche-t-il. « Et puis, le lait que je trayais, je ne le goûtais jamais. Avec le vin, c'est autre chose... »
 
C'est aussi le regard des voisins qui a changé. « Pendant la période des vendanges, c'est exceptionnel. Beaucoup de gens du village y participent », constate Jean-François Baele. « Et comme il y a pas mal de nouveaux, cela leur a permis de faire des rencontres. »
 
Les jours de « cueillette », au début de l'automne, c'est Bernadette qui se charge de l'intendance. « À midi, je leur fais une grosse soupe aux potirons. Et au soir, on se retrouve autour d'un bon repas. Y'a une de ces ambiances... » Le papa complète : « Nos vendangeurs sont aussi été nos premiers goûteurs. Un peu les cobayes », rigole le Bovessois. « Le soir, pas mal de bouteilles sont vidées. Et le lendemain matin, personne ne s'est plaint de maux de tête. » La gueule de bois, connais pas ...