Bovesse: le Ry d’Argent voit l’avenir en « bulles »…

Créé en 2005 pour diversifier l’exploitation agricole familiale, le Domaine du Ry d’Argent à Bovesse est conduit par Jean-François Baele, le plus jeune vigneron belge. Celui-ci vise les 60.000 bouteilles en 2012 et vient également de créer une société viticole de services. Rencontre avec un entrepreneur qui voit loin.

Créé en 2005 pour diversifier l’exploitation agricole familiale, le Domaine du Ry d’Argent à Bovesse est conduit par Jean-François Baele, le plus jeune vigneron belge. Celui-ci vise les 60.000 bouteilles en 2012 et vient également de créer une société viticole de services. Rencontre avec un entrepreneur qui voit loin.

Le Domaine du Ry d'Argent à Bovesse, à deux pas du vignoble de Philippe Grafé

Situé juste à côté du Domaine du Chenoy de Philippe Grafé, ce vignoble de 5 hectares a été imaginé par Jean-François Baele alors qu’il était encore étudiant en agronomie. « Mon envie première, explique-t-il, était de diversifier l’exploitation agricole créée par mon grand-père et reprise par mon père, une exploitation classique avec des cultures de froment, de maïs, de betteraves et avec, à une certaine époque, 30 à 35 vaches. Philippe Grafé a planté en 2003, j’étais alors en 1ere année de graduat en agronomie. Je souhaitais diversifier l’exploitation et j’ai donc commencé à réfléchir à la question. En 2005, j’ai fait mon travail de fin d’études chez Philippe sur l’implantation à grande échelle d’un vignoble en Wallonie et, chemin faisant, cela m’a bien plu. »

Un premier hectare de vignes est donc planté en 2005. Du Regent, comme chez son voisin direct, un cépage interspécifique résistant mieux aux maladies que les cépages classiques. Deux hectares suivent en 2006, avec du Cabernet-Jura en rouge et du Solaris en blanc, un autre interspécifique, et encore deux autres hectares en 2007 mais avec du Dornfelder cette fois. « Il n’est certes pas résistant comme les précédents, mais étant donné que l’on n’a pas des centaines d’hectares dans la région, la pression fongique n’étant pas là, je ne pulvérise pas plus le Dornfelder qu’un autre. Je me le suis donc permis et j’en fais un vin rouge, un rosé classique et depuis cette année un mousseux rosé. Nous ne sommes que trois vignerons en Belgique à avoir opté, au niveau professionnel, pour les interspécifiques: Philippe Grafé, Vanessa Vaxelaire à Bioul et moi. Nous serons rejoints bientôt par Romain Bevillard à Liège. »

Jean-François Baele au Ry d'Argent en 2010 - © Vanel

Ne pouvant se contenter « de regarder la vigne pousser » pendant les trois premières années de plantation, Jean-François Baele exerce un autre travail, hors de la ferme, à temps plein, avant de le réduire à 80%. Mais les journées sont longues et notre homme ne dort plus que quatre heures par nuit, il décide alors de prendre une pause-carrière de 5 ans pour se donner à fond au Ry d’Argent. En janvier 2012, une nouvelle société va être créée et Jean-François y sera bien évidemment à temps plein. « Nous sommes à présent installés, la gamme peut évoluer maintenant. En vieillissant, la vigne me donne quelque chose de nouveau chaque année. J’ai commencé l’élevage en fût de chêne en 2008-2009 pour un rouge sur quatre, maintenant il y en a 2. Je viens de créer un mousseux rosé, l’an prochain, je décuple la production et j’en crée un second, extra brut. On passe de 1500 à 15.000 bouteilles ! J’ai encore une eau de vie en préparation créée au moyen d’un « pot still » dans la plus pure méthode ancestrale de double distillation. Je sors de trois années de belles productions, avec ce que j’ai, je peux avoir de la grêle deux ans… »

Octobre 2011 - © Vanel

La production actuelle tourne autour de 45.000 bouteilles de vin tranquille et de 15.000 mousseux. Les ventes se font par divers canaux. Une partie en grande distribution (chez  Delhaize et ses sous-filiales pour ne pas les nommer), une partie sur place ainsi que dans les foires et salons (aussi bien les salons de vin – “où on est toujours des bêtes curieuses”– que les salons Horeca pour avoir un contact direct avec les acheteurs). Enfin, une part de plus importante est vendue directement sur place (oenotourisme, journées d’entreprises, team building…) ou pour des soirées privées (« parfois une palette »). Des démarches sont actuellement en cours avec l’Awex pour écouler une partie (mais pas trop) de la production en France et en Allemagne.

Le métier de vigneron belge serait-il donc rentable? « Moi j’en vis, confie Jean-François. J’ai maintenant un responsable commercial aussi. Donc, oui c’est rentable mais on a encore des milliers de kilomètres avant d’être connus. Certains restaurateurs sont toujours sceptiques quant à la qualité des vins belges, il y a un fameux travail à faire. Pourtant avec les vins belges il n’y a plus photo. A l’aveugle, tout le monde tombe dans le panneau, c’est bel et bien la preuve. Maintenant, il faut casser ces préjugés et donner au vin belge ses lettres de noblesse, comme pour la bière ou le chocolat belges. Le vin belge, c’est aussi un savoir-faire, une histoire, un terroir. Cela ne va pas m’empêcher de tourner mais cela va prendre encore 25 ans et demander beaucoup d’énergie. »

Vendanges 2010 au Ry d'Argent - © Vanel

En attendant, Jean-François ne compte toutefois pas s’étendre, « je ne veux pas retomber dans la dépendance, je veux faire un produit dont je suis maître ». Des investissements sont par contre prévus dans les bâtiments adjacents (gyro-palette et chambre froide pour les mousseux) ainsi que pour l’accueil du public: son épouse étudie l’œnologie et se chargera, notamment, lorsqu’elle aura terminé sa formation d’accueillir le public. Notre jeune entrepreneur (et entreprenant) vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc: il vient d’acheter une vendangeuse, initialement prévue pour lui mais que plusieurs vignerons s’arrachent déjà.  « Je fais encore tout ce qui est mousseux à la main, soit 1 à 1,5 hectare. Mais il n’y a pas photo, je fais un hectare à l’heure avec la machine. A la main, c’est 40 personnes pendant 2 jours. Vu que cela va tellement vite, je vais dans d’autres domaines, je ferai à terme 25 hectares alors que je l’ai achetée pour 5. »

 

Bon Baron à Lustin, Aldeneyck à Maaseik, Entre-deux-Monts à Westouter (Martin Bacquaert a un an de plus que lui…), plusieurs vignerons font appel désormais aux services de cette société d’un genre nouveau qui ne peut que se développer, vu le boom de la viticulture belge des dernières années. « Je vois également passer chez moi énormément de vignerons amateurs qui viennent demander conseil, je fais même parfois des analyses de vin. Cela me prend beaucoup de temps, mais j’aime ce partage et cela me permet d’avoir un bon aperçu de ce qui se passe en Belgique, j’apprends tout le temps, c’est vraiment chouette… »

Entretien réalisé en octobre 2011.
 
En savoir plus : www.marcvanel.be