De la vigne au vin : reconversion exemplaire à Bovesse

Bovesse, près de Namur possède la plus grande superficie de vignes d'un seul tenant en Belgique. Le terrain est idéal : il offre un coteau orienté plein sud, jouissant d'un microclimat tempéré. La terre est aussi truffée de roches schisteuses. Tout profit pour la vigne quand le soleil se décide à darder de ses rayons.

Pour Jean-François Baele, chaque vin est différent "mon ambition est de faire un vin qui soit d'abord bon, léger, avec un bon nez et des arômes". Cela a impliqué de sérieux investissements, avec un aménagement des infrastructures aux normes HACCP.

Mais ce qui lui fait particulièrement plaisir, c'est la plus-value en terme d'image pour le métier d'agriculteur qu'apporte sa nouvelle activité.

De la vigne au vin : reconversion exemplaire à Bovesse

Par Bruno MAITER

Accès au Domaine du y d'ArgentLes vignes du Domaine du Ry d'Argent

 

"Je n'aime pas spécialement les bêtes. Comme mon père va prendre sa retraite, j'ai pensé à me diversifier en plantant des vignes, sur des prairies de la ferme familiale." Jean-François Baele, 26 ans.

LA BRUYÈRE - Des vignes à perte de vue... Nous ne sommes pas à Colmar, mais à Bovesse (La Bruyère), chez un jeune agriculteur, Jean-François Baele.

 Vue des vignes

Le Domaine du Ry d'Argent

Il n'a que 26 ans, mais sa tête est déjà solidement posée sur les épaules. Quand Jean-François Baele parle du vin, il le fait à la fois avec sérieux et passion. La vigne et le vin, c'est son projet de vie, qui se concrétise depuis un peu plus de deux ans déjà. Son rêve a pris un nom : le domaine du Ry d'Argent.

2 005, le jeune agriculteur convertit un premier hectare de prairies en vignes. Les années suivantes, il récidive au point de se trouver aujourd'hui à la tête d'un domaine de 5 hectares de vignes. Et si l'on y ajoute le domaine voisin du Chenoy, propriété de Philippe Grafé, on peut dire que Bovesse possède la plus grande superficie de vignes d'un seul tenant en Belgique. On n'attend plus que les cigognes sur les cheminées...

Microclimat

 

Vue des vignes

Le terrain choisi par Jean-François Baele est idéal : il offre un coteau orienté plein sud, débouchant en contrebas sur un rideau d'arbustes, qui favorise l'émergence d'un microclimat tempéré, à l'abri des vents dominants. Sur le haut de la parcelle, l'agriculteur a planté un rideau de charmes, appelé à remplir la même fonction. La terre est aussi truffée de roches schisteuses. Tout profit pour la vigne quand le soleil se décide à darder de ses rayons.

La vue est imprenable. Au fond, se dresse l'éperon rocheux de la citadelle, dont on devine, au sommet, les fortifications.

«Il faut y aller doucement, explique Jean-François Baele. Les investissements sont tellement lourds qu'il faut les échelonner. Le vin ne rapporte qu'au bout de plusieurs années».

 

Vue du Domaine du Ry d'Argent

 

Tout aussi passionnée que le fiston, Bernadette, la maman, confirme : « On poursuivra dans cette direction si cela marche. Faire du vin ce n'est pas de le petite bière. »

Jean-François Baele est confiant : «Notre premier millésime, de 2006, a facilement trouvé preneur. Je n'ai plus une seule bouteille à vendre et j'ai dû énormément refuser». Le cru 2007 attend sagement en cuve, mais déjà les réservations affluent. «Le fait de commencer doucement me permet de faire mes armes. On ne passe pas du lait au vin sans acquérir de connaissances. Cultiver des vignes, c'est encore notre métier d'agriculteur, mais élever le vin et le fabriquer, c'est un autre monde. Chaque vin est différent. Moi, mon ambition est de faire un vin qui soit d'abord bon, léger, avec un bon nez et des arômes».

Avec l'aide d'experts

Avant de se lancer dans l'aventure, Jean-François Baele a fait le tour de tous les producteurs belges. La Faculté agronomique de Gemboux conseille aussi le jeune agriculteur, notamment pour l'aménagement d'infrastructures aux normes HACCP. Il s'entoure des conseils avisés d'un œnologue établi en Belgique, ainsi que de viticulteurs et pépiniéristes allemands. Le jeune agriculteur bovessois est aussi en contact régulier avec Jean-François Lénelle, un agronome namurois parti dompter la vigne dans le pays de Gigondas. «Progressivement, j'élargis mon carnet d'adresses et mon expérience».

Jean-François s'empare de son fidèle sécateur. La vigne n'attend pas. L'hiver, il faut la tailler. Un travail fastidieux, mais qui annonce déjà les futures vendanges.

La convivialité retrouvée

 Photo du vigneron à côté de la cuveriePour les dernières vendanges, Jean-François Baele n'a éprouvé aucune peine à trouver des bras. « Les voisins sont venus y participer bénévolement, Ils m'aident, je leur refile des bouteilles. »

Les vendanges, c'est un peu une fête en soi. Pour l'occasion, le parrain de Jean-François avait ressorti un vieux tracteur, un Deutz mono cylindre.

Ce qui fait particulièrement plaisir à Jean-François Baele, c'est la plus-value en terme d'image pour le métier d'agriculteur qu'apporte sa nouvelle activité. « Imaginez, si j'avais voulu construire une porcherie pour me diversifier; j'aurais eu tout le village à dos. Mon projet n'a essuyé aucune critique des riverains. Mieux, grâce au travail de la vigne, j'ai l'impression de contribuer à ce que de nouveaux liens se tissent dans le village. »

 

Jean-François Baele, le viticulteur, dans les vignesVue d'une bouteille de la cuvée 2006

 

25000 pieds de vigne ont été plantés dans les campagnes de Bovesse par Jean-François Baele qui y réalise une diversification exemplaire. Portrait d'un jeune agriculteur audacieux.

Le viticulteur au millieu des vignes

 

25000 pieds de vigne d'origine allemande

5 hectares de vignes, soit 25000 pieds de vigne, c'est beaucoup de boulot. Le processus a été largement mécanisé, à l'exception des vendanges et de la taille. La taille, c'est le travail le plus fastidieux, avec l'ébourgeonnage, juste avant le débourrage des plants.

Vin rouge et vin blanc

Sur les 5 hectares, 4 sont plantés en cépages rouges (régent, cabernet-jura et Dornfelder), et un en blanc {Solaris). Les cépages sont allemands. Ils résistent aux climats plus rudes et moins ensoleillés: malgré un été maussade, les pieds de Solaris ont été vendangés le 9 septembre. Et ils titraient 14° d'alcool naturel.

«Avec un seul cépage, on peut fabriquer six vins différents, assure notre viticulteur. Tout dépend de la technique employée».

S'il plante de nouveaux pieds de vigne, Jean-François Baele misera à l'avenir plus sur le blanc. Ses préférences vont au riesling. «Je suis sûr que cela marcherait bien ici».

Du neuf

Pour son chai, Jean-François Baele a fait le choix d'une construction neuve. Le gros œuvre est terminé, l'aménagement intérieur est en cours. L'infrastructure est conçue pour accueillir des visiteurs dans de bonnes conditions. On y trouvera un bar de dégustation, une pièce tempérée pour la garde des bouteilles, ainsi que l'espace réservé à la production et au stockage en cuve du vin. À l'étage, se trouvera le bureau du viticulteur.

Contacter le Domaine du Ry d'Argent

 

Portrait du viticulteur

INTERVIEW : Jean François BAELE

Des gîtes avec vue sur les vignobles ?

D'où est parti le déclic? Mon père sera bientôt pensionné. À côté des cultures, il élève du bétail. Moi, je n'aime pas m'occuper du bétail, c'est pourquoi j’ai voulu diversifier. Quand mon père arrêtera, je continuerai les cultures et les vignes remplaceront les bêtes.

Comment voyez-vous l’évolution de votre ferme ?

Pour le moment, 5 hectares sont plantés : 4 en rouge et 1 en blanc. Je ne compte pas en rester là. Derrière la ferme, il y a seize hectares qui pourraient aussi être plantés. Mais il faut y aller doucement, je dois d'abord faire mes armes sur le plan technique et commercial.

Des développements touristiques sont-ils envisagés?

Toute l'activité vinicole sera concentrée dans un bâtiment dont la construction est terminée et dont l'aménagement intérieur est en cours.

La fin de l'élevage va nous permettre d'évacuer la paille, le fumier, les pneus, qui ne sont pas compatibles avec l'activité du vin. J'en profiterai pour concevoir un circuit d'accès plus facile pour les visiteurs. Par ailleurs, le départ des bêtes va libérer une étable. Qu'en faire? On peut la raser, mais on pourrait aussi la transformer en gîtes, avec vue sur les vignobles. Je suis sûr qu'ils auraient du succès.

 

Publié par le  journal Vers l'Avenir et repris avec l'aimable autorisation de la rédaction.

Lien vers la source : Vers l'Avenir - Actu24.be - 10 janvier 2008